Depuis quelques jours, un secteur entier décroche presque sans bruit : les ESN européennes (dites autrefois SSII). Capgemini, l’emblème du secteur, perd désormais 27% depuis le 1er janvier.
Pourtant, rien d’apocalyptique dans les publications. Les chiffres ne s’effondrent pas. Les carnets de commandes ne disparaissent pas. Les marges ne sont pas pulvérisées. Alors pourquoi une telle sanction ?
Ce que nous observons est avant tout un changement de climat narratif. Pendant des années, la transformation numérique était un thème incontestable. Digitalisation, cloud, cybersécurité : les budgets IT semblaient incompressibles et les ESN bénéficiaient d’un statut social élevé sur les marchés.
Aujourd’hui, plusieurs lignes de fracture apparaissent. Ralentissement économique, arbitrages budgétaires chez les grands groupes, cycles de décision plus longs. L’intelligence artificielle introduit aussi un doute : non pas parce qu’elle détruirait immédiatement le modèle des ESN, mais parce qu’elle rebat les cartes et modifie la perception des besoins futurs.
Surtout, la hiérarchie symbolique des thèmes a changé. Les marchés vibrent désormais sur la matérialité : défense, énergie, infrastructures critiques, industrie lourde. Face à ce retour du concret, les services numériques apparaissent moins urgents dans l’imaginaire collectif. Ce n’est pas une condamnation structurelle, mais une rotation de statut.
S’agit-il d’un simple trou d’air conjoncturel ou du début d’une dégradation plus profonde ? À ce stade, les fondamentaux ne valident pas l’hypothèse d’un effondrement durable. Mais le marché ajuste les multiples.
Ce déclassement des ESN sera analysé en détail dans le numéro de la Quinzaine de France Bourse du 15 février, consacré à un secteur qui représente aujourd’hui près de 10% de notre portefeuille.